Les hormones thyroïdiennes jouent un rôle important dans la régulation du taux métabolique, et c’est pourquoi elles sont apparues comme une préoccupation commune associée à la cétose nutritionnelle chez certains blogueurs sur Internet. Il ne fait aucun doute que lorsque certaines personnes adoptent un régime alimentaire faible en glucides, leurs taux d’hormones thyroïdiennes peuvent changer.

Article publié par Virta Health aux USA, rédigé par le Docteur Stephen Phinney et publié le 3 mai 2017. Vous pouvez retrouver l’article original en cliquant ici. Traduction avec l’aimable autorisation de Virta Health par EatFat2BeFit.com.

Plusieurs facteurs peuvent contribuer à la réponse thyroïdienne. Par exemple, manger moins de calories que vous en dépensez – entraînant une perte de poids – incite le corps à réduire la fonction thyroïdienne pour ralentir son métabolisme. Cela parce que le corps interprète toute forme de restriction d’énergie, quelle qu’en soit la cause, comme un signe de famine, conduisant à réduire le métabolisme de 5 à 15% pour conserver ses réserves d’énergie. Deuxièmement, même lorsque l’énergie n’est pas restreinte, un régime cétogène est associé à des taux sanguins fortement réduits d’hormone thyroïdienne active. Dans ce cas, même lorsque l’énergie est abondante et le poids corporel stable, la faible consommation de glucides ou la présence de corps cétoniques peuvent réduire les concentrations circulantes d’hormone thyroïdienne active.

Pour un simple observateur, cette réduction de l’hormone thyroïdienne active (appelée T3) a été prise comme preuve que la restriction glucidique altère la fonction thyroïdienne. Certains ont opiné que la restriction de glucides ne devrait jamais être maintenue au-dessous de 100 grammes par jour afin d’empêcher cet effet. D’autres préconisent que les personnes suivant un régime à faible teneur en glucides et riche en graisses (LCHF) prennent des « recharges en glucides » de façon intermittente pour stimuler la fonction thyroïdienne jusqu’à « la normale ».

Une autre explication à ces changements au niveau des hormones thyroïdiennes quand on a un poids stable en régime de LCHF est que le corps devient plus sensible à ces hormones en raison des changements bénéfiques dans la structure et la fonction cellulaire en cétose nutritionnelle. En conséquence, le corps peut fonctionner normalement à des niveaux inférieurs de T3. En d’autres termes, un régime cétogène semble entraîner une amélioration de la sensibilité aux hormones thyroïdiennes (il faut moins d’hormones pour produire le même effet), ce qui réduit la production d’hormones thyroïdiennes (T4) dans la glande thyroïde et sa conversion en T3 dans le foie.

Cette hypothèse (oui, ce n’est qu’une hypothèse) d’amélioration de la sensibilité hormonale thyroïdienne avec un régime cétogène est-elle tirée par les cheveux ? En fait, il a été démontré à plusieurs reprises qu’un régime cétogène bien formulé améliore la sensibilité à l’insuline, souvent de façon spectaculaire chez les personnes souffrant de résistance à l’insuline ou de diabète de type 2. Il existe également des preuves solides que la sensibilité du cerveau à la leptine, hormone de la satiété, est également améliorée en cétose nutritionnelle. Ainsi, une réponse améliorée de l’hormone thyroïdienne en régime LCHF serait tout à fait compatible avec ces autres améliorations documentées de la sensibilité aux hormones.

Combien d’études publiées à partir d’essais cliniques chez l’homme et bien conçues ont montré que l’altération de la fonction thyroïdienne (c’est-à-dire l’hypothyroïdie) survient en suivant une alimentation cétogène ? La réponse à cette question est simple et rapide – AUCUNE !

Malgré tout, il est courant de trouver des recommandations sur Internet pour des apports quotidiens de glucides de 100 grammes ou plus par jour pour maintenir la « fonction thyroïdienne normale ». Puisque 100 grammes par jour de glucides à faible indice glycémique suppriment complètement la cétose nutritionnelle dans la plupart des cas chez l’adulte, ce « remède » va certainement augmenter les niveaux d’hormones thyroïdiennes. Mais voici la question clé : ces niveaux d’hormones thyroïdiennes sont-ils vraiment normaux, ou s’agit-il d’un état relativement hyperthyroïdien (par rapport à la cétose nutritionnelle) entraîné par un excès de glucides alimentaires ? Et si les niveaux inférieurs de T3 associés à un régime cétogène bien formulé indiquaient une sensibilité T3 optimale et donc la vraie norme physiologique pour les humains ?

L’autre “solution” proposée pour ce “problème” est de manger par intermittence beaucoup de glucides. Que ce soit quelques jours par semaine ou une semaine par mois, le résultat sera un tour de « montagnes russes métaboliques » qui n’est pas sans conséquence. Nous avons établi qu’il faut plusieurs semaines pour s’adapter complètement à la cétose nutritionnelle (céto-adaptation), mais la grande partie de cette adaptation est inversée avec juste quelques jours à manger 100 grammes ou plus de glucides journaliers. Quel sens cela pourrait avoir d’inviter le corps à devenir céto-adapté, puis faire demi-tour pour faire face à l’élimination « de charges » élevées en glucides ? Étant donné que les taux sanguins de béta-hydroxybutyrate caractéristiques de la cétose nutritionnelle réduisent le stress oxydatif et l’inflammation (comme nous l’avons rapporté dans notre dernier article), pourquoi voudriez-vous stopper cet effet bénéfique même qu’une partie du temps ?

Si les régimes hypoglucidiques avaient un effet négatif sur la fonction thyroïdienne, on pourrait prédire qu’un nombre disproportionné de personnes développeraient des cas cliniquement évidents d’insuffisance thyroïdienne (hypothyroïdie) en suivant un régime cétogène. En effet, il se pourrait qu’il y ait un certain pourcentage de personnes particulièrement vulnérables qui répondent ainsi à un régime pauvre en glucides. Comment pourrions-nous déterminer si cela se passait ? Eh bien, il y a eu un certain nombre de grandes études randomisées publiées au cours de la dernière décennie, d’une durée de trois mois ou plus, qui utilisaient des régimes faibles en glucides ou cétogènes. Regardons et voyons combien de nouveaux cas d’hypothyroïdie induis par un régime à faible teneur en glucides ont été rapportés dans ces études

Bien que ces études n’aient pas été spécialement conçues pour rechercher un dysfonctionnement thyroïdien, il est difficile de passer à côté d’une hypothyroïdie. Ces études étaient toutes dirigées ou suivies par des médecins de haut niveau, donc un nouveau cas d’hypothyroïdie aurait certainement été rapporté comme un « événement indésirable grave » associé au régime LCHF. Et pourtant, sur 350 patients étroitement surveillés, il n’y en eu aucun !

Des dizaines (voire des centaines) de milliers de personnes aux États-Unis – sans parler des pays développés – font chaque année de sérieux efforts pour s’adapter à un régime alimentaire pauvre en glucides. Pour beaucoup d’entre elles, ce régime « radical » est choisi seulement après que les régimes conventionnels n’aient pas fonctionné. Dans ce contexte, il est probable que de nombreuses personnes ayant des problèmes thyroïdiens précoces (par exemple la Thyroïdite latente de Hashimoto) essaient un régime réduit en glucides en réponse à leurs symptômes précoces et subtils, pour ensuite développer des symptômes évidents d’hypothyroïdie à évolution lente des mois ou des années plus tard. Donc, s’il y a réellement une incidence accrue d’hypothyroïdie diagnostiquée après le début d’un régime LCHF, cela pourrait expliquer une association qui n’a rien à voir avec la causalité. Étant donné cette analyse des données publiées à ce jour, il est peu probable qu’un régime cétogène bien formulé cause un dysfonctionnement significatif de la thyroïde.

Quelques données

Avec ses premiers mentors et collaborateurs, le Dr Phinney a participé à trois études sur les régimes cétogènes dans lesquelles ils ont mesuré un ou plusieurs paramètres de la réponse hormonale thyroïdienne. La première étude[1] portait sur six sujets soumis à un régime cétogène très faible en calories (VLCKD) pendant six semaines, la seconde[2] évaluait neuf hommes ayant reçu un régime cétogène de maintien du poids pendant 4 semaines et la troisième[3] étude portait sur 12 adultes suivant un régime VLCKD avec ou sans exercices d’entraînement pendant 4-5 semaines.

En outre, en 2005, Yancy et al. ont publié une étude[4] portant sur 28 diabétiques ayant suivi un régime LCHF pendant quatre mois, au cours duquel leurs valeurs moyennes de TSH n’ont pas changé de manière significative (1,6 à 1,4 mlU/L).

Examinons donc ces données sous trois angles :

  • Échec de la thyroïde à produire suffisamment de T4
  • Échec du foie à transformer suffisamment de T4 en T3
  • Amélioration notable de la sensibilité T3

En commençant par les dernières données de Yancy et al. premièrement, si la glande thyroïde ou le foie ne parvient pas à maintenir un effet hormonal thyroïdien adéquat, la TSH devrait augmenter. Ce n’est pas le cas, mais cela n’a été mesuré que dans une étude. Deuxièmement, si le foie ne parvient pas à produire suffisamment de T3, les valeurs de TSH et de T4 devraient augmenter. Dans nos études de 1980 et de 1988, la T4 a légèrement diminué. Et troisièmement, dans les trois études, les taux sanguins de T3 ont diminué fortement (de 151 à 92 en moyenne), mais les signes cliniques et les symptômes n’étaient pas révélateurs d’une hypothyroïdie manifeste.

Cas d’espèce : bien que non publiés, le Dr Volek a effectué des tests thyroïdiens sur 14 hommes obèses ou en surpoids dont les autres résultats ont été rapportés dans une étude[5] de 2004. Huit de ces hommes ont suivi un régime cétogène avec un apport énergétique réduit pendant six semaines, puis sont passés à un régime faible en gras pendant six semaines. Six autres hommes ont d’abord suivi un régime pauvre en graisses puis sont passés à un régime cétogène. Les concentrations moyennes de T3 libre chez les 14 individus étaient significativement plus faibles après le régime cétogène que le régime pauvre en graisses (3,5 vs 4,2 pmol/L). Indépendamment de l’ordre du régime alimentaire, les concentrations de T3 libres étaient plus faibles pendant le régime cétogène chez 13 hommes sur 14 (voir la figure ci-dessus). Cependant, malgré les niveaux inférieurs de T3 libre, les taux métaboliques de repos mesurés chez ces sujets n’étaient pas différents entre les régimes.

Des statistiques ? Les chances de lancer une pièce 14 fois et d’obtenir 13 fois « face » sont inférieures à 1 sur 1000 (P <0,00085).

Et finalement, bien qu’il s’agisse d’une étude[6] relativement courte de 11 jours, Bisschop et al. ont nourri six hommes avec 3 régimes de maintien du poids contenant respectivement 85%, 44% et 2% d’énergie sous forme de glucides. Comme le montre la figure ci-dessus, bien que la TSH et le REE (dépense énergétique au repos) n’aient pas diminué, les valeurs de T3 sériques ont chuté (barres noires pleines dans la figure). Ces résultats montrent à nouveau une déconnexion entre T3 circulante et le REE (dépense énergétique au repos ou métabolisme de base) dans le cadre d’un régime cétogène.

La seule interprétation viable de ces données est que les régimes cétogènes augmentent nettement la sensibilité des tissus à la T3, et que les taux sériques de T3 diminuent alors que la réponse physiologique à la T3 reste normale. Dans ce scénario, la thyroïde et le foie doivent faire beaucoup moins de « travail » pour maintenir une réponse thyroïdienne physiologique normale. En allant un peu plus loin, pourquoi quelqu’un voudrait-il forcer sa thyroïde ou son foie à produire davantage d’hormones thyroïdiennes en mangeant beaucoup plus de glucides ? Forcer le pancréas à produire plus d’insuline en mangeant plus de glucides ne fait pas beaucoup de bien aux diabétiques de type 2, et nous pensons que la même logique s’applique ici pour la fonction thyroïdienne.

 Il est compréhensible que certaines personnes puissent être préoccupées ou induites en erreur par les changements qui se produisent au sujet des hormones thyroïdiennes lorsque l’on adopte un mode de vie LCHF. Il est clair qu’une ou plusieurs grandes études prospectives sont nécessaires pour apporter un éclairage supplémentaire sur cette question. Mais étant donné l’attitude passée du NIH à l’égard de la recherche sur les glucides, ne retenez pas votre souffle. En attendant, ne vous sentez pas obligés de manger plus de glucides que vous n’en avez vraiment besoin, sur la supposition erronée qu’ils sont nécessaires pour maintenir le fonctionnement normal de votre glande thyroïde.

Vous avez d’autres questions sur la cétose nutritionnelle ? Consultez notre FAQ 

EatFat2BeFit remercie toute l’équipe de Virta Health pour l’énorme travail effectué aux USA dans la lutte contre le diabète grâce à l’alimentation LCHF.


Références :

[1] https://doi.org/10.1172/JCI109945

[2] https://doi.org/10.1016/0026-0495(83)90105-1

[3] https://doi.org/10.1016/0026-0495(83)90106-3

[4] https://dx.doi.org/10.1186%2F1743-7075-2-34

[5] https://doi.org/10.1186/1743-7075-1-13

[6] https://doi.org/10.1046/j.1365-2265.2001.01158.x

4 Commentaires
  1. Benjamin Lambert 3 mois Il y a

    Merci pour cet article une fois encore.
    J’ai une question malgré tout! :
    Qu’en est-il pour les personnes qui n’ont plus de thyroïde et qui obtiennent leurs hormone par substitution(levothyrox) ? Les glucides fonctionne de la même manière, ou bien cela ne nous concerne pas ?
    Merci

    • Auteur
      Ulrich Genisson 3 mois Il y a

      dans cet article il est question de production hormonale endogène. De fait, sans thyroïde, il n’y a plus de production de T4. l’ajustement se faisant par l’augmentation ou de la diminution de vos apports en hormones synthétiques et non par un ajustement naturel par le corps. c’est donc un ajustement qui dépend de vos prescriptions désormais.

  2. Carole Bruyant 2 mois Il y a

    Merci pour ce gros et beau travail de traduction, c’est vraiment passionnant ! Merci encore infiniment pour ce partage !

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